Originaire du bassin méditerranéen, l’impressionnante Zoropsis spinimana est de plus en plus présente en Suisse. Particulièrement active en automne, cette araignée vit dans nos habitations et y chasse à la nuit tombée. 

Grande Envergure

Elle vous a déjà peut-être fait sursauter, voire pousser un petit cri, à la tombée du jour. Elle, c’est la zoropse à pattes épineuses. De couleur brun moucheté avec des motifs distinctifs sur la partie avant de son corps, cette araignée peut mesurer jusqu’à 5 centimètres en comptant ses pattes fortes et pointues, particulièrement longues chez les mâles. Discrète, elle profite de l’obscurité pour chasser des proies rampantes, telles que les cloportes, les cafards, d’autres espèces d’araignées et divers arthropodes. C’est donc au crépuscule que vous avez le plus de chances de l’apercevoir, lorsque vous allumez une lumière en entrant dans une pièce et que vous regardez au sol, sur des murs de couleur claire ou au plafond. 

Elle vient du sud

Si son gabarit peu commun lui donne un air exotique, cette espèce poilue aux quatre paires d’yeux globuleux est en fait originaire du sud de l’Europe, du pourtour méditerranéen plus précisément. Depuis une trentaine d’années, elle est remontée progressivement vers le nord, jusqu’à atteindre le Royaume-Uni. «En Suisse, la première a été trouvée en 1994, à Bâle. Trois ans plus tard, une autre était signalée à Innsbruck, en Autriche», explique Peter Schwendinger, ancien conservateur au Muséum d’histoire naturelle de Genève et spécialiste en arachnologie. Plus récemment, plusieurs témoignages ont également fait état de rencontres avec Zoropsis spinimana à Berne, Genève et Coire. «Il y a de plus en plus de gens qui m’en apportent pour que je les identifie. Rien que dans le musée, on en a déjà trouvé trois, lance-t-il. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas les louper!» 

Une vraie citadine

Si son habitat naturel se trouve sous les pierres ou l’écorce des arbres, aux abords des forêts, cet arachnide ne survit en Suisse qu’à l’intérieur des habitations, où la température est plus douce. Mais comment la zoropse est-elle arrivée là? «Il est fort probable que des touristes partis en vacances dans le sud de l’Italie ou de l’Espagne en aient ramené dans leurs valises ou leur van. Le transport de marchandises joue aussi un rôle. De plus, avec le réchauffement climatique, elles ont désormais de bonnes conditions pour s’établir ici», note Peter Schwendinger. Pour les habitants des campagnes, pas d’inquiétude: cette espèce n’est présente que dans les villes, où le climat est moins rude et les déplacements de population plus fréquents. 

Pros de la cachette

C’est en automne que les mâles sont particulièrement visibles. Sexuellement matures, ils partent de jour comme de nuit à la recherche des femelles. Ces dernières, elles, ne sortent que pour chasser dans l’obscurité. Le reste du temps, les zoropses se cachent sous les parquets, dans les trous des murs, les stores ou les armoires. Ne tissant pas de toiles, elles se font peu remarquer. Après l’accouplement, le mâle meurt et la femelle se repose avant de pondre entre vingt et cinquante oeufs en hiver et au printemps. «Les bébés deviennent adultes en seulement quelques mois, ce qui est exceptionnellement rapide pour une araignée de cette taille. Mais il n’y a pas de risque de prolifération, car la plupart meurent très jeunes», souligne l’arachnologue. 

Pas dangereuse

Aux yeux des profanes, l’animal peut être confondu avec l’une des plus grandes araignées indigènes de Suisse, elle aussi célèbre visiteuse des maisons: la tégénaire noire (Eratigena duellica). À quelques différences près. Cette dernière est plus petite, plus foncée et a des pattes plus fines. «De plus, elle ne possède pas de poils lui permettant d’adhérer aux surfaces glissantes, contrairement à la zoropse. Ainsi, si vous trouvez un spécimen au fond de votre baignoire qui peine à en sortir, il s’agit plutôt d’une tégénaire», fait remarquer le scientifique. Enfin, Zoropsis spinimana est un peu plus agressive. «Elle se défend avec ses chélicères lorsqu’elle se sent menacée. Mais son venin n’est pas dangereux pour les humains et sa morsure est comparable à une piqûre de moustique.» Rassurés? 

Zoropse
Pouvant mesurer jusqu’à 5 centimètres, la zoropse à pattes épineuses peut être observée principalement la nuit, quand elle sort pour chasser. Le reste du temps, elle se cache dans les habitations. La femelle (photo) a un corps plus massif que le mâle.

Lila Erard