Si notre propre mobilité n’a cessé de se développer ces dernières décennies, les animaux de compagnie suivent la même tendance. Désormais, au gré des mandats professionnels des collaborateurs des multinationales, leurs compagnons à poils ou à plumes les suivent d’un continent à l’autre. Plus de 5000 animaux déménagent ainsi chaque année en Suisse, à partir ou à destination de l’Australie, des Émirats arabes unis, de l’Afrique du Sud ou des États-Unis. Plusieurs entreprises, basées principalement dans les aéroports de Genève et de Zurich, se sont ainsi spécialisées dans la prise en charge de ces voyageurs particuliers. 

«Après un arrêt brutal de nos activités au printemps 2020, elles ont désormais repris de plus belle, signale Marcel Brozius, directeur de Moving Animals, société zurichoise spécialisée dans ce type de transport. Certains animaux ont été séparés de leurs propriétaires à cause de la pandémie, nous avons dû alors tout mettre en oeuvre pour les réunir. On nous a également davantage sollicités pour rapatrier des chiots achetés à l’étranger, notamment en Russie, car leurs nouveaux propriétaires ne pouvaient plus aller les chercher eux-mêmes à cause des limitations de déplacement.» 

Ces agences prennent en charge toute la logistique liée aux démarches administratives et sanitaires nécessaires à un tel déplacement, de la demande de permis d’importation à la mise en place d’une quarantaine en passant par les contrôles vétérinaires ou la réservation d’un vol. «Suivant la destination, il n’est cependant pas possible de prendre son animal avec soi, que cela soit en cabine ou en soute en tant que bagage supplémentaire. C’est le cas notamment de l’Australie, avertit Marcel Brozius. De plus, beaucoup de pays ainsi que certaines compagnies d’aviation exigent que les animaux voyagent par fret comme marchandise.» Quant aux compagnies low cost, elles ne les acceptent pas du tout. 

Préparer le départ 

Partir du jour au lendemain est donc dans la majorité des cas impossible. Car, si un passeport, une identification par puce électronique et un vaccin contre la rage sont nécessaires pour tout voyage transfrontalier, ces exigences ne sont parfois pas suffisantes pour certaines destinations plus lointaines. «Pour le particulier, il est difficile de connaître exactement les conditions d’importation du pays dans lequel il se rend, car les règles diffèrent d’une contrée à l’autre», relève Jimmy Bruzzese, collaborateur de The Swiss Moving Company, entreprise genevoise spécialisée dans le déménagement à l’étranger. Les formalités sont d’une part administratives, d’autre part sanitaires. 

La demande est telle que la vétérinaire Andrea Neagu a ouvert à Genève un cabinet spécifiquement dédié à la préparation sanitaire de ces animaux voyageurs. «Pour certains pays, les formalités peuvent nécessiter plus de six mois de préparation, explique la spécialiste de Vettravel. Je conseille donc à tous les propriétaires de se renseigner assez tôt sur les conditions d’entrée.» L’Australie et la Nouvelle-Zélande comptent ainsi parmi les destinations les plus contraignantes, avec une quarantaine à l’arrivée. De multiples examens sanguins sont en outre nécessaires, notamment pour déterminer le taux d’anticorps contre la rage et vérifier que l’animal n’est pas porteur de certaines maladies. «Si ce service était à la base plutôt destiné à des personnes qui changent de continent, elles sont de plus en plus à me contacter pour de simples vacances estivales à l’étranger.» 

Renoncement inévitable 

«Parfois, les propriétaires se rendent compte que la démarche est trop compliquée, trop coûteuse ou bien que leur animal ne remplit pas les conditions nécessaires à un transport, souligne Jimmy Bruzzese. Ils doivent alors renoncer à emmener leur protégé avec eux.» C’est le cas notamment de certaines races de chien à la mode, comme les carlins ou les bouledogues français, qui ne pourront en effet que difficilement accompagner leurs maîtres. Car de nombreuses compagnies aériennes n’acceptent en effet plus de prendre en charge ces chiens connus pour leurs difficultés respiratoires. «À cause de la situation actuelle, avec une offre de vols réduite, il est devenu pratiquement impossible de transporter de telles races dans certains pays», signale Marcel Brozius. 

Bien que chiens et chats soient les passagers les plus fréquents, les entreprises qui assurent ce type de transports aériens reçoivent également des demandes pour d’autres animaux de compagnie comme des cochons d’Inde, des oiseaux ou des reptiles. Seuls les chevaux ne peuvent pas transiter par l’aéroport de Genève ou de Zurich, car les infrastructures en place ne permettent pas leur prise en charge. Mais le transport de bêtes ne s’arrête pas qu’à des animaux familiers, comme en témoigne Marcel Brozius: «Nous devons parfois aussi effectuer des démarches pour des espèces plus exotiques, à destination de zoos, comme des lions, des hippopotames ou des porcs-épics.» 


Quel coût ?

Un transport en fret peut être onéreux, selon la destination et les prestations incluses. En dehors du transport proprement dit, le propriétaire devra s’acquitter de formalités de douane, de frais vétérinaires liés à l’établissement de certains documents, de la TVA d’importation et de taxes d’aéroport. La taille de l’animal influence le prix. De nombreuses entreprises proposent en outre la formule «porte-à-porte», avec prise en charge de l’animal au domicile, ce qui renchérit le coût. Pour un déménagement en Europe, il faut compter entre 2000 et 4000 francs, alors que le budget monte de 8000 à 12 000 francs pour l’Australie ou l’Amérique.

Recours à des sédatifs déconseillé

Le meilleur moyen de s’assurer que le voyage se déroule au mieux consiste à habituer chiens et chats à leur cage de transport plusieurs semaines à l’avance. Celle-ci doit aussi être adaptée à leur taille. L’Association internationale du transport aérien et les compagnies aériennes déconseillent en outre l’utilisation de sédatifs. Pendant le vol, les animaux sont placés dans une soute dont la pression atmosphérique correspond à une altitude d’environ 2500 mètres. Combinée avec la prise d’un tel médicament, celle-ci entraîne une baisse de la tension artérielle, ce qui peut s’avérer critique pour les animaux âgés, stressés ou malades. Afin de réduire au maximum le temps de transit, les vols directs sont à privilégier. 


Véronique Curchod