En chasse, ce discret mustélidé joue avec le relief du terrain et ses apparitions sont imprévisibles. L’hiver venu, son pelage blanc le camoufle sur la neige, pour autant que cette dernière soit au rendez-vous.

DIMORPHISME SEXUEL

De la famille des mustélidés qui comprend notamment le blaireau et la fouine, l’her- mine est un mammifère de petite taille qu’il est peu fréquent d’apercevoir malgré des mœurs partiellement diurnes. «Il existe un dimorphisme sexuel chez l’espèce, la taille des mâles est plus grande que celle des femelles, souligne Michel Blant, biologiste ayant collaboré à la mise en place de structures visant à favoriser le retour de cet animal dans le Parc régional du Doubs. La longueur tête-corps des mâles varie de 21 à 37 cm, contre 21 à 31 cm pour les femelles. Leur poids maximal atteint respectivement 450 g et 280 g. Il n’est évidemment pas facile de faire la distinction sur le terrain, l’hermine étant rarement statique.» Elle se plaît dans les paysages ouverts de prairies et de pâturages, moins en forêt.

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Vive comme l’éclair, à peine repérée, l’her- mine est tout aussi rapidement perdue de vue. Il faut dire que son corps miniature, en forme de cylindre allongé posé sur de courtes pattes, est taillé pour une chasse bien particulière. «Elle vit essentiellement sous terre, car elle chasse les campagnols dans leurs galeries, indique le spécialiste des mammifères. Au sol, elle s’abrite volontiers dans les cavités des murs de pierres sèches et d’autres structures comme les tas de bois. Elle peut également grimper dans les arbustes. C’est un prédateur spécialisé du campagnol terrestre (Ar- vicola terrestris). Mais lorsque sa proie favorite est en faible densité, elle consomme des campagnols des champs ou roussâtres et des mulots. Des oiseaux, jeunes lièvres, amphibiens ou insectes peuvent aussi faire partie de son menu.»

DES HIVERS À RISQUES

L’arrivée de l’hiver déclenche une mue spectaculaire chez l’animal. De brun-rouge, son pelage vire au blanc, hormis l’extrémité de la queue qui reste noire. Un bon moyen d’ailleurs pour la distinguer de la belette, parente proche mais plus petite encore qui devient entièrement blanche. «Il s’agit d’une mue saisonnière, comme chez d’autres mammifères dont le poil devient plus dense pour l’hiver, mais avec un processus sélectif ayant conduit à une teinte de pelage blanche», relève Michel Blant. Les hivers sans neige rendent dangereuses ses sorties à découvert, sa blancheur et son incessante activité trahissant vite sa présence. «Ces hivers-là, l’hermine peut être plus facilement la proie de rapaces diurnes dont la buse, le milan et même l’aigle royal. Le fait de chasser essentiellement en sous- sol réduit un peu ce risque.»

UNE SOLITAIRE

Comme de nombreux prédateurs terrestres, ce mustélidé est territorial. «L’hermine vit en solitaire et les territoires sont exclusifs, avec un marquage olfactif pour avertir les voisins de même sexe, d’où peu d’interactions, poursuit le scientifique. Les mâles ont un territoire quatre fois plus grand que celui des femelles et essaient de superposer le leur à celui de plusieurs d’entre elles. Les jeunes naissent, généralement sous terre, dans un nid d’herbes sèches entre mars et mai, puis le rut a lieu en été. L’implantation différée de l’embryon permet un développement et des naissances au printemps suivant lorsque les conditions redeviennent meilleures. La mortalité des jeunes est très importante et atteint 75%, principalement lorsque les juvéniles doivent partir à la recherche d’un territoire.»

ESPÈCE PROTÉGÉE

Sa population est fluctuante. «L’hermine n’est actuellement menacée ni en Suisse – elle y est protégée – ni en Europe, conclut Michel Blant. Ses populations montrent des variations cycliques comme celles de sa proie préférée. Ses effectifs sont élevés l’année qui suit une pullulation de campagnols terrestres, soit tous les six ans environ, puis redescendent car son taux de reproduction diminue lorsque ces dernières sont au plus bas du cycle. Actuellement, plusieurs parcs naturels régionaux ont mis en place des mesures pour favoriser l’espèce en créant des structures lui servant de gîtes (tas de bois et de pierres). L’hermine est un auxiliaire important de l’agriculture, car elle contribue à limiter les dégâts aux herbages.» Malheureusement, elle tombe souvent sous les crocs du chat domestique posté à l’entrée des galeries de micromammifères.

Hermine
La mue en pelage hivernal blanc de cette hermine n’est pas totalement achevée. Prudent par nature le petit mustélidé observe les alentours avant de s’aventurer à découvert.

Daniel Aubort