Une étude récemment parue éclaire la manière dont les animaux domestiques captent nos intentions et nos émotions. De quoi nous aider à mieux interagir avec eux. Décryptage avec l’auteure de cette recherche. 

«De nombreuses anecdotes et croyances circulent sur les animaux domestiques. C’est pour ça que j’adore la science: elle nous permet de vérifier et savoir quelles sont les capacités et les limites de nos compagnons à quatre pattes lorsqu’ils sont en interaction avec un humain.» Doctorante à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, l’éthologue française Plotine Jardat a étudié avec sa collègue Léa Lansade les dernières recherches scientifiques sur le sujet, pour en tirer une synthèse récemment publiée dans la revue Animal Cognition. Elle nous en a exposé les principales conclusions. 

1. Reconnaissance

Il a été attesté que de nombreux animaux peuvent distinguer les humains les uns des autres. Les chevaux, chiens, chèvres et vaches sont ainsi capables de reconnaître leur maître sur la base de photographies. Ce n’est pas le cas des cochons, mais cela pourrait être dû au fait que ces derniers utilisent davantage leur odorat que leur vue. Si les chiens échouent à reconnaître des visages présentés à l’envers, ils seraient cependant aptes à différencier des vrais jumeaux sur la seule base de leur odeur. Les chats, de leur côté, identifient sans peine la voix de leur maître. 

2. Perceptions

Les animaux sont-ils capables de capter nos émotions? Des scientifiques l’ont démontré à plusieurs reprises. Les chevaux ont par exemple manifesté des réactions différentes après avoir reniflé des morceaux d’étoffe portés par plusieurs personnes, dont certaines avaient regardé un film d’horreur et donc ressenti de la peur, et d’autres pas. Les vaches ont également montré une attention plus soutenue à des étudiants stressés par un examen qu’à des personnes plus insouciantes. Les chèvres, elles, préfèrent interagir avec des visages humains heureux. Et il a aussi été montré que certains animaux domestiques détectent nos émotions au son de notre voix: s’ils perçoivent de la colère, les chiens ont tendance à arrêter de manger, et les chats montrent davantage de comportements de stress. 

3. Intentions

Il est facile de projeter nos idées sur celles de nos compagnons et de se sentir compris, mais à quel point est-ce validé par la science? Plusieurs expériences ont prouvé que certaines espèces se sentent attirées par un humain attentif plutôt qu’inattentif, phénomène qui a été observé chez les jeunes cochons ainsi que les chats et les chiens. Les chèvres et les chiens vont jusqu’à obéir davantage à des ordres venant d’une personne attentive. Étant donné que l’on change généralement de voix lorsque l’on parle à un animal, comme à un bébé d’ailleurs, il s’avère que les chats, chiens et chevaux sont sensibles à ces modifications et comprennent alors que c’est à eux que l’on s’adresse. 

4. Compréhension

Plusieurs expériences ont mis en outre en évidence les capacités étonnantes des animaux à saisir ce que nous attendons d’eux. Lorsque l’on pointe du doigt un objet, les chiens, chats, furets, chèvres et cochons portent ainsi leur attention en direction du lieu ou de l’objet désigné et non vers la main qui le pointe. Il s’avère que les chiens gagnent même la palme d’or dans cette catégorie, puisqu’ils possèdent une capacité très développée à saisir les mots humains. 

5. Communication

Quels signaux les animaux peuvent-ils nous envoyer en retour? Il semble qu’ils utilisent des expressions faciales différentes en fonction de leur confort, ce qui a été démontré chez les chevaux. Quant aux chats, ils produisent des ronronnements de tonalités variables en fonction de leur volonté à obtenir à manger. L’important reste toutefois de ne pas surinterpréter leurs comportements, les études scientifiques menées dans ce domaine permettant justement de tendre vers un juste milieu. «Si on sous-estime les capacités des animaux, cela peut affecter leur bien-être. Mais les surestimer peut aussi être délétère, puisque chacun d’entre eux a une vision du monde différente, ce qu’il faut savoir prendre en compte», relève Plotine Jardat. 

Une dame avec un chien et un chat
Les animaux domestiques réagissent à nos émotions et à nos actions à des degrés divers.

Recherche empirique

Ces connaissances éthologiques résultent d’expériences répétées dans diverses situations avec des humains. Il y a cependant de plus en plus de méthodes qui se basent sur des interactions par écran interposé. «Cela permet d’éviter certains biais, quasi inévitables lorsqu’on est face à un animal, comme lorsqu’on lui donne inconsciemment des signaux parce que l’on veut qu’il passe un test. Utiliser les nouvelles technologies est beaucoup plus neutre et permet de s’assurer que l’expérience est la même pour chaque animal», précise Plotine Jardat. 


Questions à...

Alice Bouchard, doctorante au laboratoire de cognition comparée de l’Université de Neuchâtel 

En quoi est-ce important de mieux connaître ce dont les animaux sont capables? 

Cela nous permet de comprendre leur évolution, et, par là même, la nôtre! Dans un contexte où de nombreuses espèces sont menacées, étudier les animaux permet en outre de recueillir les informations nécessaires afin d’établir des plans de conservations visant à les protéger. 

Quel est le lien entre domestication et psychologie animale? 

La domestication a changé drastiquement l’environnement physique et social dans lequel les espèces évoluent, d’où l’émergence de certaines capacités, comme le développement d’une excellente communication entre le chien et l’homme. À l’inverse, il est fort probable que nous ayons choisi de domestiquer des espèces qui présentaient déjà, à l’état sauvage, des capacités intéressantes pour nous. 

Dans quelle mesure ces connaissances contribuent-elles au bien-être animal? 

Que ce soit dans le cadre d’élevages agricoles, de parcs zoologiques ou pour les animaux de compagnie, ces études scientifiques permettent d’adapter l’environnement de l’animal afin qu’il puisse vivre dans les meilleures conditions possibles. Par exemple, certaines espèces ont besoin de la présence de leurs congénères, comme les chèvres, tandis que d’autres préféreront la solitude, comme les chats. 


Marion de Vevey