«Accueillir un autre félin pour tenir compagnie au premier est en soi une mauvaise idée, souligne Colette Pillonel, vétérinaire comportementaliste. Très souvent, ce nouveau congénère sera source de tensions.» La joie d’adopter un deuxième compagnon se transforme alors vite en désillusion. «Le chat est par nature solitaire. Il peut être social, mais c’est plutôt une exception», dit la spécialiste. Feulements, bagarres, surveillance incessante ou marquages urinaires: les bêtes recourront à toute une panoplie de comportements pour régler l’accès aux divers endroits du territoire. Si la situation dégénère, il est possible d’utiliser un spray d’eau afin de séparer les belligérants. Mieux vaut éviter d’intervenir avec ses mains, sous peine de risquer griffures ou morsure.

Une rencontre progressive

Si les manifestations de discorde impressionnent parfois, elles se révèlent aussi très discrètes. «Souvent, un des chats occupe toute la place au détriment de l’autre, note la professionnelle. Ce dernier n’ose plus bouger, son espace vital pouvant se réduire à un dessus d’armoire. Cette mésentente, guère visible, cause alors une importante souffrance psychique et entraîne d’autres troubles, notamment de la malpropreté.» Plusieurs astuces permettent de faciliter la cohabitation. Bols d’eau et de nourriture, arbres à chats devant les fenêtres, litières en suffisance, endroits où se reposer au calme: «La structure de l’habitat, avec des cachettes et des passages en hauteur, ainsi que l’abondance des ressources et des occupations, s’avèrent essentielles, observe Colette Pillonel. Plus les félins ont d’options pour s’éviter, mieux cela se passera.»

Dans un premier temps, il est conseillé de mettre le nouveau venu dans une pièce isolée. Pendant cette période, on familiarisera les bêtes entre elles par un contact olfactif, notamment en partageant des objets ou en caressant un animal, puis l’autre. Le dernier arrivé explorera ensuite la maison en l’absence de l’autre individu, puis ils feront progressivement connaissance. 

Si les chats peuvent sortir, les frictions devraient être moindres. «Lorsque les tensions sont trop exacerbées malgré un habitat structuré et des occupations optimales, je conseille de les séparer, pour le bien-être des deux. Si après un ou deux mois des conflits importants sont toujours là, ils risquent de persister.» 

Deux chats
PRIVILÉGIER LES INDIVIDUS CALMES On ne sait jamais si deux félins vont s’entendre. Mais les calmes auront plus de chance de se tolérer. Il en va de même pour certains chats de race, plus sociables de nature, comme les persans. Les chatons sont généralement mieux acceptés. Castrer ses animaux permet également de réduire les discordes.

Véronique Curchod