Un accident, un souci cardiaque ou des symptômes neurologiques: les animaux domestiques ne sont pas épargnés par de multiples soucis de santé. Si les vétérinaires généralistes assurent des soins de qualité, les spécialistes sont toujours plus nombreux à proposer leurs services en Suisse romande. «Beaucoup de propriétaires attendent désormais le même niveau de soins que pour eux-mêmes, note le Dr Kevin Diserens, fondateur de la clinique Medi-Vet à Lausanne. Si un problème au niveau du coeur est par exemple identifié, ils veulent savoir de quelle pathologie il s’agit exactement, afin d’adapter le traitement au mieux.» 

Dans ce domaine, les possibilités diagnostiques et de traitements se rapprochent de ce qui se pratique chez les êtres humains. Prothèse de la hanche, radiothérapie, dialyse et même pose de pacemaker: les moyens de soigner son compagnon à quatre pattes sont de plus en plus poussés. 

Une offre plus importante 

«Cependant, je doute que l’on arrive au phénomène de surspécialisation de la médecine humaine, où un professionnel du genou ne va quasiment plus qu’opérer des genoux, note le chirurgien Thomas Dayer. Le plus gros frein au futur développement de la médecine vétérinaire est le manque de chiens et de chats au bénéfice d’une assurance. En Suisse, nous ne sommes pas à la pointe en comparaison de certains pays anglo-saxons sur le plan de la qualité des soins. Et cette différence vient sans doute du fait que chez eux, le pourcentage d’individus assurés est bien supérieur au nôtre.» La quantité d’animaux de compagnie qui augmente continuellement ainsi que la multiplication de centres vétérinaires ne sont pas étrangères à l’émergence de ces spécialistes. En une décennie, leur nombre a plus que doublé en Romandie. Medi-Vet en réunit dix dans sa clinique lausannoise, depuis 2017 – des Européens ou Américains, aussi bien des chirurgiens qu’un cardiologue et un oncologue, entre autres. Du côté de Genève, VetSpécialistes, créé l’année passée, regroupe des services allant de l’ophtalmologie à la dermatologie, notamment. «Avec l’évolution de la place des animaux au sein de la famille, les propriétaires sont davantage motivés à effectuer des traitements plus poussés, note le Dr Luc Borer, l’un des associés de VetSpécialistes. L’accès facilité à ces professionnels en Romandie les encourage à consulter: il y a dix ans, il fallait dans de nombreux cas se rendre à Berne, au Tierspital, ce qui freinait nombre de personnes.» 

Formation exigeante 

Les outils se sont également multipliés: désormais, plusieurs scanners et au moins une IRM sont disponibles en Suisse romande. «Ces technologies ne sont pas inédites, mais du fait que les équipements sont plus nombreux et plus proches, on y recourt plus facilement, explique Val Schmid, formée en imagerie. En outre, les nouvelles générations de radiologues sont de mieux en mieux formées pour le diagnostic à l’aide de ce type d’imagerie.» 

La majorité des propriétaires ne prend pas directement contact avec ces professionnels. «En ce qui concerne ma pratique, 90% des cas que je reçois sont envoyés par des collègues vétérinaires», note Val Schmid. Les particuliers qui font cette démarche sont donc en général informés en amont des coûts et sont motivés, le tri se faisant déjà au niveau des généralistes. En Suisse romande, quasiment toutes les spécialités sont représentées, bien que certaines, comme la neurologie, ne comptent qu’un seul vétérinaire actif. «Mais attention, il y a spécialiste et spécialiste, souligne Kevin Diserens. Or le grand public ne fait pas forcément la différence entre un «vrai», diplômé d’un collège européen ou américain et signalé par le sigle ECV/ACV, et celui qui a seulement des connaissances plus approfondies que la moyenne dans un domaine particulier.» 

Devenir spécialiste demande en effet un engagement important de la part du vétérinaire: après cinq ans d’études universitaires, quatre années au minimum de formation supplémentaire spécifique sont nécessaires pour obtenir un tel titre, validé par un examen final. 

Chien dans un cabinet vétérinaire
Bien des propriétaires attendent un niveau de soins élevé pour leurs bêtes. À Lausanne, la clinique Medi-Vet regroupe dix spécialistes européens et américains dans des domaines comme la chirurgie, la cardiologie ou l’oncologie.
Cabinet vétérinaire

Des prestations coûteuses

Si les possibilités de traitement en médecine vétérinaire semblent presque illimitées, leur prix peut cependant être un frein pour certains propriétaires. Il faut ainsi compter 4000 à 5000 francs pour une prothèse de la hanche, 1000 à 3000 pour une opération des ligaments croisés ou 600 à 1200 francs pour un scanner simple avec anesthésie. Dans le cas où l’animal bénéficie d’une assurance, les détenteurs hésitent moins à recourir à un spécialiste et à des examens plus poussés. Mais si le nombre de patients assurés augmente régulièrement, il reste encore dans l’ensemble assez faible. 


Questions à...

Olivier Glardon, président de la Société des vétérinaires suisses (SVS) 

Quels changements marquants touchent la profession? 

Nous assistons depuis quelques années à une métamorphose structurelle, avec le développement de chaînes rassemblant plusieurs cabinets. Une dizaine de groupes sont présents dans le pays, dont certains appartiennent à des investisseurs étrangers. Ils permettent de décharger les vétérinaires de leurs tâches administratives, tout en facilitant l’échange de connaissances. L’objectif est d’atteindre une certaine rentabilité, mais celle-ci doit rester éthiquement acceptable. 

De nouvelles prestations vont-elles se développer à l’avenir? 

La télémédecine va probablement jouer un rôle plus important. Des cabinets commencent déjà à la proposer. Elle peut offrir un complément utile aux services physiques, en répondant à un besoin de la clientèle. Pour l’animal, cela élimine le stress du transport. Mais du point de vue de la SVS, la consultation et l’examen en présentiel, prescription de médicaments comprise, doivent garder la préséance sur la voie digitale. 

Comment explique-t-on la difficulté à recruter au sein de la branche? 

Ce sujet nous préoccupe. Chaque année, 120 nouveaux vétérinaires suisses sont formés, et 140 à 160 étrangers demandent une équivalence de diplôme, ce qui devrait être suffisant. Mais le pourcentage de professionnels qui s’engagent en pratique est beaucoup plus bas qu’il y a une quinzaine d’années, tandis que le temps partiel a augmenté.


Véronique Curchod