Effectuer certains gestes du quotidien peut se révéler extrêmement compliqué lorsqu’on est en fauteuil roulant. Des chiens spécifiquement formés sont d’un soutien indispensable.

Lorsqu’on sonne chez Fanny von Kaenel, on a la surprise de voir un chien nous ouvrir la porte. Souffrant d’une maladie auto-immune qui restreint sa mobilité, la jeune femme peut en effet compter sur l’aide de Mistral pour l’épauler dans bon nombre de tâches quotidiennes. À voir l’attention constante et le regard enamouré que le golden retriever porte en permanence sur sa maîtresse, on sent le lien étroit qui relie ces deux-là. «Il a changé ma vie et m’apporte quotidiennement un rayon de soleil par sa seule joie d’être à mes côtés, s’enthousiasme cette habitante de Cully (VD). Sa présence m’a permis de diminuer mes médicaments et de restreindre mes séjours à l’hôpital.» Voilà six ans qu’ils vivent vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble, le golden retriever accompagnant la jeune femme dans tous ses déplacements, aussi bien chez le médecin qu’à l’épicerie du village – excepté lors des séances de physiothérapie en piscine. «Avant lui, j’ai attendu parfois jusqu’à une heure sur un parking avant que quelqu’un passe pour me donner les clés de ma voiture tombées au sol», raconte Fanny von Kaenel, dont le quotidien s’est singulièrement compliqué lorsque sa maladie s’est déclarée à l’aube de ses 30 ans. «J’avais toujours rêvé d’avoir un chien et avais même postulé plus jeune pour devenir monitrice de chien d’aveugle. Lorsque j’ai découvert l’autonomie qu’un chien d’assistance pouvait m’apporter, j’ai foncé.» Il a fallu une année entre la demande d’adoption et l’accueil de Mistral, ponctuée par des démarches administratives, le choix de l’animal et deux semaines de stage intensif. 

Des talents insoupçonnés 

La diversité des services rendus par Mistral a de quoi surprendre. Ramasser la commande de la télévision qui a glissé au sol, amener sa laisse, ouvrir et fermer les portes, apporter le courrier, mettre le linge dans la machine à laver ou l’enlever: rien ne semble lui résister. Mistral peut même aider Fanny à se déshabiller, en enlevant ses chaussures, puis ses chaussettes et son pantalon. Au total, le golden retriever répond à une cinquantaine d’ordres. Chaque demande est effectuée sous la forme d’un jeu, afin qu’il garde plaisir à effectuer ces tâches. «Il s’ennuie vite si je ne lui donne pas de nouvelles choses à apprendre. Récemment, je lui ai enseigné à mettre lui-même sa crotte – emballée au préalable dans un sachet plastique – dans une poubelle. Celles-ci ne sont pas toujours accessibles pour une personne en fauteuil roulant.» 

Favoriser le contact 

Éduqué par une famille d’accueil pendant une quinzaine de mois, Mistral a ensuite été formé spécifiquement au centre de l’association Le Copain, à Granges (VS), pendant six mois supplémentaires. «Ce n’est pas un hasard si les chiens choisis par Le Copain sont de race golden ou labrador retriever, explique Fanny von Kaenel. Ceux-ci ont en effet été à la base sélectionnés pour rapporter à leur maître chasseur les canards et autres oiseaux d’eau sans abîmer leur chair.» Ayant gardé cette aptitude, Mistral est ainsi capable de ramasser délicatement un portable au sol pour le rendre à sa maîtresse, sans l’égratigner. Mais au-delà de toute cette aide pratique, ce compagnon a apporté un cadeau insoupçonné à la jeune femme: la capacité de créer un lien social avec les personnes rencontrées en chemin. Celles-ci doivent cependant veiller à ne jamais caresser un chien d’assistance portant une chabraque jaune: elle indique que l’animal est au travail et ne doit pas être déconcentré. «Il ne faut pas se voiler la face: lorsqu’on est en fauteuil roulant, on fiche la trouille. Les gens sont souvent gênés et ne savent pas comment nous aborder. La présence du chien intrigue et favorise l’ouverture d’un dialogue.» Avec son air coquin, Mistral reste un animal, qui n’est pas parfait en toute circonstance. «Loin d’être un robot obéissant scrupuleusement à chaque ordre, il a gardé sa personnalité, fait remarquer sa maîtresse. Cela le rend particulièrement attachant à mes yeux.» 

Chien et son maître
Fanny von Kaenel peut compter en tout temps sur l’aide de «Mistral». Que ce soit pour ouvrir ou fermer une porte, mettre ou enlever le linge de la machine à laver, le golden retriever est capable de répondre à une cinquantaine d’ordres.
Chien et son maître

Chien et son maître

En chiffres

Le Copain, c’est: 

  • 349 chiens remis en 26 ans d’existence.
  • 110 personnes actuellement au bénéfice d’un chien d’assistance. 
  • Une trentaine de familles d’accueil pour la formation de base. 
  • 18 nouveaux chiens remis par année. 
  • 30 000 francs: le coût de la formation d’un chien. 

+ D’INFOS www.lecopain.ch 


Questions à

Christelle Rard

Christelle Rard, directrice de l’association Le Copain 

Qui sont les bénéficiaires de ces chiens d’assistance? 

La majorité sont des personnes avec une mobilité réduite. Mais nous formons aussi pour des diabétiques ou épileptiques des chiens capables de détecter les crises d’hypoglycémie ou d’épilepsie. Nous avons également de plus en plus de demandes pour des chiens d’éveil. Ces derniers sont alors une source de stimulation pour l’enfant, l’aidant notamment à développer le langage. Malheureusement, nombre de personnes susceptibles de recevoir un chien ne savent pas que notre association existe et que l’animal est remis gratuitement au bénéficiaire. Une attestation de formation permet de l’emmener ensuite dans la majorité des lieux publics. 

Toutes les personnes souffrant de ces handicaps peuvent-elles en profiter? 

Certaines conditions doivent être remplies. À l’exception des chiens d’éveil, pris en charge généralement par les parents, le bénéficiaire doit avoir une certaine autonomie, afin qu’il puisse répondre aux besoins de base du chien: le brosser, l’alimenter, le promener. Mais avant tout, il faut réellement être motivé à adapter sa vie à la présence de l’animal. Le chien ne doit pas être vu uniquement comme un outil technique qui ouvre les portes, mais comme un être sensible qui va favoriser le contact avec les personnes rencontrées. Une première visite à domicile nous permet de vérifier si les attentes sont en adéquation avec les capacités de la personne.


Véronique Curchod