Le canidé roux arpente les rues à la tombée du jour. Aujourd’hui plus présent au coeur de nos cités que dans les bois reculés, il y trouve de la nourriture en abondance et des logis à sa convenance. 

Animal futé et rapide

On le reconnaît au premier coup d’oeil, avec sa fourrure chatoyante et son regard perçant: le renard roux, ou Vulpes vulpes, est l’un des animaux les plus fréquents dans nos bois. Les femelles pèsent en moyenne 5 kilos contre 7 pour les mâles. De la taille d’un gros chat, le canidé, rusé et très vorace, court en moyenne à une vitesse de 6 à 13 km/h et peut même atteindre les 60 km/h en plein sprint. «Souvent, les propriétaires d’animaux de compagnie craignent pour la vie de leur chat ou de leur chien, mais en réalité, lors d’une confrontation avec un renard, ce dernier a rarement le dessus», explique Claude Fischer, biologiste et professeur à la Haute École du paysage, d'ingénierie et d'architecture de Genève. En avril, les renardes mettent bas des portées de quatre renardeaux en moyenne. «Une fois que l’on a repéré leur terrier, il est très facile d’observer les jeunes jouer de loin. Ils sont très actifs dès le mois de mai en général.» 

Un nom de légende

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, cet animal est connu sous le nom de «goupil», tiré du latin vulpiculus, diminutif de vulpes, faisant référence à l’appellation scientifique de l’espèce. Ce n’est qu’à la suite du succès du Roman de Renart – un recueil de courts récits animaliers rédigé entre le XIIe et le XIIIe siècle dans lequel figure le perfide Renart le goupil – que son appellation change pour de bon. Renard devient même un nom commun. Ce terme serait d’origine germanique, correspondant au prénom Reinhart, contraction de ragin qui signifie «conseil» et hard, «fort», des termes rappelant le caractère rusé de l’animal. 

Citadin avant tout

Malin, sachant s’adapter à son environnement en un temps record, le renard est aujourd’hui bien plus présent en ville qu’en campagne. «À Genève, on en dénombrait déjà jusqu’à six au kilomètre carré il y a vingt ans, contre dix à Zurich et même vingt en Grande-Bretagne. En Suisse, hors des agglomérations, on en compte en moyenne trois au kilomètre carré», note Claude Fischer, soulignant que l’animal a investi les villes il y a une cinquantaine d’années de cela. Ce mode de vie n’est pas sans conséquences: les scientifiques ont remarqué que la durée de vie moyenne d’un renard citadin oscille entre 15 et 18 mois seulement. «Une fois le stade juvénile passé et les risques d’accident qui sont liés à la fougue de leur jeunesse, ils peuvent vivre jusqu’à 8 ans, poursuit le biologiste. Ils deviennent d’ailleurs plus prudents. Il n’est pas rare de les voir longer les trottoirs et regarder à gauche et à droite avant de traverser une route par exemple.» 

Parfait Omnivore

Fruits, légumes, insectes, petits animaux: le renard ne fait pas la fine bouche et croque ce qui lui passe sous la dent. En bon omnivore, il trouve souvent son bonheur dans les poubelles et les composts des maisons. «C’est un animal territorial, souligne Claude Fischer. Sa répartition dans un secteur se fait en fonction des ressources qu’il y déniche.» Il quitte rarement sa zone de confort urbaine, dans laquelle il passe la nuit en toute discrétion. «Il privilégie souvent des endroits calmes pour aménager son terrier, comme des terrains vagues ou des jardins, relève-t-il. Il dort aussi sous des tas de bois ou dans des conduites.» 

Crainte infondée

Si elle n’est pas considérée comme un nuisible, l’espèce est chassable par tradition. Sa présence près des maisons peut toutefois avoir des conséquences sanitaires non négligeables. «Les renards fréquentant souvent les jardins et les potagers, il est important de bien laver les légumes qui y poussent avant de les consommer car l’animal est vecteur de l'échinococcose, une maladie parasitaire s’attaquant notamment au foie», conseille le spécialiste. Cette infection est transmise par les excréments d’animaux contaminés, dont les canidés. «En revanche le renard n’est plus porteur de la rage, cette maladie ayant disparu de notre pays il y a plus de trente ans», conclut Claude Fischer. 

Renard
Ce traditionnel habitant de nos campagnes a conquis de nouveaux espaces. Depuis plus d’une cinquantaine d’années, il réside en milieu urbain où il trouve gîte et couvert. Sa population dans les agglomérations ne cesse de progresser.

Céline Duruz