L’étonnante apparence de ce cousin de la salamandre lui vaut d’être de plus en plus apprécié par les fans d’aquariophilie. Mais pour lui éviter tout stress, ses conditions de détention doivent être améliorées. 

Deux houppettes en forme de fougères encadrant une tête massive, une couleur étrange, des yeux fixes dépourvus de paupière: ne ressemblant à aucun autre animal, l’axolotl a de quoi susciter la curiosité. Son nom aztèque signifie d’ailleurs «monstre d’eau». Il attire ainsi de nombreux amateurs d’aquariophilie, séduits par son esthétisme particulier. Mais cet engouement a son revers. «Beaucoup de ces amphibiens ne sont pas détenus dans des conditions adéquates, ce qui génère du stress et les affaiblit, met en garde Hervé Dupertuis, éleveur amateur à La Chaux-de-Fonds (NE). De plus, les personnes qui adoptent cet animal sous-estiment souvent l’investissement en temps nécessaire pour bien entretenir l’aquarium. Elles oublient également que le jeune qu’elles ont acheté va tripler de taille. Ces divers paramètres conduisent à des abandons très fréquents.» Le Neuchâtelois, qui a longtemps élevé des poissons, se consacre désormais à cette espèce, originaire de lacs de montagne, au Mexique. Il possède une trentaine de sujets. Classé depuis 2006 comme étant en danger critique d’extinction dans son milieu d’origine, l’axolotl doit sa survie presque exclusivement à l’intérêt de nombreux aquariophiles, qui l’élèvent en captivité. Une vingtaine de jeunes ont ainsi vu le jour en début d’année à La Chaux-de-Fonds. «La femelle avait pondu 600 oeufs, mais tous n’étaient pas viables, relève Hervé Dupertuis. Les amener à l’âge adulte demande beaucoup de travail, car il faut les nourrir quotidiennement et veiller à la qualité de leur environnement.» 

Une eau pas trop chaude 

Bien qu’il vive en milieu aquatique, l’axolotl a des besoins qui ne sont en aucun cas comparables à ceux d’un poisson. «Il exige beaucoup plus de temps, avertit l’éleveur neuchâtelois. Piètre nageur, l'animal passe la majeure partie de sa vie au fond de l’aquarium. S’il est trop souvent en surface, c’est un signe de mal-être.» Afin de l’accueillir dans les meilleures conditions, un aquarium de grande taille est nécessaire – 120 litres au minimum. La difficulté principale repose sur la nécessité de garder la température de l’eau à une valeur ne dépassant pas 20°C. «Laisser l’eau se réchauffer de manière trop importante est malheureusement une erreur fréquente, témoigne Hervé Dupertuis. Des maladies, notamment des mycoses, peuvent en résulter. Cette condition est particulièrement compliquée à remplir en été. Elle implique de changer souvent l’eau et d’installer un ventilateur.» Comme l’axolotl aime les eaux calmes, la filtration ne doit pas générer de courants. Nocturne, il a en outre besoin de cachettes diverses – plantes, pierres – ainsi que d’une faible intensité lumineuse. «Chaque semaine, je vide 20 à 75% de l’eau. Les pondaisons régulières – tous les 15 jours en moyenne – salissent beaucoup l’aquarium.» Ces amphibiens ayant tendance à ingérer les graviers utilisés pour décorer le fond des aquariums, avec le risque de se blesser, il est préférable d’utiliser du sable fin. Le sable de quartz est cependant à éviter, à cause de son abrasivité. 

Deux individus au minimum 

En raison du comportement social de l’espèce, il est conseillé de faire l’acquisition de deux sujets au minimum. «Mais attention, adopter uniquement des femelles les condamne à court terme, explique Hervé Dupertuis. Car si elles n’ont pas de mâle à proximité, elles garderont leurs oeufs à l’intérieur du corps, ce qui provoque leur décès.» Il existe plusieurs variétés d’axolotls: les sauvages, qui sont brun-noir, les leucitiques, caractérisés par leur couleur blanche, ainsi que les albinos, dont les yeux sont rouges. Les robes originales ont naturellement la faveur des amateurs. «Certains sont même jaunes fluos», s’enthousiasme l’éleveur. Il n’est pas recommandé de les mêler à d’autres poissons, qui pourraient manger leurs branchies ou se faire gober eux-mêmes s’ils sont de petite taille. L’animal est en effet carnivore, s’alimentant trois fois par semaine de poisson frais, de coeur de boeuf, de vers ou de granulés spécifiques. 

Avec un peu de patience et de la douceur, il est même possible de créer un semblant de relation avec lui. «Mon premier mâle me reconnaît et vient volontiers nager autour de ma main, ce qu’il ne fait pas avec d’autres personnes», se réjouit le Neuchâtelois.

axolotls
De couleur sauvage ou leucitique, les axolotls vivent principalement sur le sable, au fond de l’aquarium, leurs houppettes s’agitant au gré des mouvements d’eau

Hervé Dupertuis
Le Neuchâtelois Hervé Dupertuis a élevé cette année une vingtaine de jeunes, acande importance à la qualité de leur environnement.

En Chiffres

L’axolotl, c’est… 

  • 20 à 30 cm: sa taille moyenne. 
  • 4 doigts à l’avant, 5 à l’arrière. 
  • 100 à 1500 oeufs par ponte. 
  • 18 à 24 mois pour achever sa croissance. 
  • 10 à 15 ans: son espérance de vie. 
  • 25 francs: le coût d’achat pour un sujet classique. 
  • 20°C: la température maximale de l’eau. 
  • 120 litres minimum: le volume de l’aquarium. 

Des capacités surprenantes

L’axolotl suscite l’intérêt des chercheurs quant à ses propriétés étonnantes. Il possède en effet le don de pouvoir régénérer ses organes à l’identique si ceux-ci sont abîmés, ou même détruits. Il est ainsi capable de faire repousser un membre entier, avec ses muscles et ses os, en quelques semaines. En 2018, son génome a été intégralement séquencé, et le gène responsable de cette faculté localisé, ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour la médecine. Mais ce n’est pas la seule particularité de cet amphibien. Celui-ci reste au stade larvaire toute sa vie, respirant par des branchies caractéristiques du stade juvénile. Cela ne l’empêche pas d’arriver à maturité sexuelle et de se reproduire. Ce phénomène, appelé néoténie, serait lié à une activité plus faible de la glande thyroïdienne, probablement en raison du milieu de vie de l’animal, très pauvre en iode. Dans de rares cas, les axolotls se métamorphosent en adultes de façon spontanée, quittant alors le milieu aquatique. 


Véronique Curchod