Comme tout animal doté de pinces, le perce-oreille suscite une certaine méfiance. Ces petites espèces d’insectes de l’ordre des dermaptères sont pourtant inoffensives. 

DRÔLE DE NOM 

Insectes discrets, les perce-oreilles sont bien souvent méconnus malgré leur nom évocateur qui se retient facilement. Mickael Blanc, entomologiste au Muséum d’histoire naturelle de Genève, lève un coin du voile sur ces insectes. «L’ordre des dermaptères est caractérisé par des pinces abdominales appelées cerques. Ces organes de chitine – la matière dont est formée la carapace d’autres insectes – ont la forme d’une tenaille et rappellent les anciens outils utilisés par les bijoutiers pour percer le lobe des oreilles. Cela leur a valu ce nom vernaculaire.» La forme des cerques diffère selon le sexe: ils sont plus développés chez les mâles. «Les cerques servent à séduire les femelles lors de la parade nuptiale. Les mâles les utilisent également pour défendre un territoire contre des rivaux, plus rarement comme moyen de dissuasion face à d’éventuels prédateurs.» 

DE L’OEUF À L’ÂGE ADULTE 

«Ne passant pas par le stade de la nymphose, les dermaptères font donc partie des insectes à métamorphose incomplète, précise le scientifique. Au sortir de l’oeuf, les jeunes ressemblent déjà partiellement aux adultes. Ils deviennent des adultes reproducteurs à la suite de plusieurs stades de mue. Leur reproduction est sexuée et a lieu en automne. La femelle stocke la semence du mâle dans une poche interne et passe l’hiver en diapause dans le sol, en attendant les beaux jours pour féconder les oeufs et pondre. Si la majorité des dermaptères sont ovipares, certaines espèces parasites sont vivipares.» L’espérance de vie des perce-oreilles ne dépassent généralement pas quatorze mois. 

MAIS SI, ILS VOLENT! 

À moins de se munir d’une lampe de poche et de chercher la nuit parmi les fleurs d’un jardin, il est rare de tomber sur un perce-oreille. Quant à voir voler l’un d’eux, on n’imagine même pas que l’insecte en soit capable. Mais où donc se cachent ces ailes à première vue inexistantes? «Les ailes postérieures, qui servent au vol, sont repliées en éventail sous les ailes antérieures, courtes et rigides, nommées élytres. Les ailes membraneuses étant plus grandes que ces dernières, les perce-oreilles s’aident de leurs cerques pour replier leurs ailes sous les élytres. Certaines espèces sont toutefois dépourvues d’ailes aptes au vol.» Dans quelles circonstances volent-ils? «En fait, les perce-oreilles volent très rarement. Ils le font pour chercher de nouveaux lieux de ponte ou un partenaire sexuel. Le reste du temps, ils se déplacent en marchant.» 

ACTIFS LA NUIT 

Cachés dans la litière végétale, des galeries et des anfractuosités du sol durant la journée, les perce-oreilles entrent en activité à la faveur de la nuit. «Lors de leurs sorties nocturnes, ils se nourrissent de végétaux ou d’animaux morts ou vivants. On les rencontre sur les fruits, les légumes et les matières en décomposition. Ils vivent dans la terre et sous les pierres, mais on les trouve régulièrement à proximité des habitations, dans le jardin, les pots de fleurs, voire dans la maison. Leur rôle d’espèce utile pour la lutte biologique est sujet à caution, souligne l’entomologiste. Bien que l’animal mange beaucoup de pucerons et de chenilles durant sa vie, il peut également occasionner des dégâts non négligeables aux fleurs d’ornement ou à celles des fruitiers et des légumineuses. Leurs morsures sont également observées sur les fruits.» 

INSECTE UTILE 

L’ordre des dermaptères est peu représenté en Suisse. «On y compte tout au plus une dizaine d’espèces, alors que plus de 2000 sont réparties à travers le monde, essentiellement sous les tropiques. Comme toutes les espèces d’invertébrés vivant sur le sol, dans les zones maraîchères ou dans les champs, les dermaptères sont victimes de l’usage des pesticides, du labour et du tassement des sols», conclut Mickael Blanc. Des dommages portés à un insecte qui sait aussi se rendre utile. L’animal est grand consommateur de psylles et de pucerons lanigères, deux ravageurs des poiriers et pommiers contre lesquels il est particulièrement difficile de combattre.


Daniel Aubort