Les chats sont toujours plus nombreux à être confinés à l’intérieur d’un appartement. Les troubles du comportement liés à cette pratique sont cependant largement sous-estimés. 

Une route à fort trafic à proximité de la maison. Un appartement situé au troisième étage d’un immeuble. Un chat de race acheté à un prix élevé. En toute bonne conscience, nombreux sont les propriétaires à ne pas laisser leur compagnon avoir accès à l’extérieur. Crainte d’un accident, d’un vol ou tout simplement parce que la localisation de l’appartement ne s’y prête pas: les raisons de ce choix sont diverses. 

Pourtant, sans un minimum d’aménagements, la vie de cet animal qu’on désire choyer peut tourner au cauchemar. «Les troubles du comportement sont très fréquents chez les chats vivant en milieu clos, souligne la Dresse Colette Pillonel, vétérinaire comportementaliste homéopathe. Malheureusement, les propriétaires sont rarement conscients des pathologies induites par un environnement inadapté.» Un chat qui dort beaucoup, a un appétit démesuré ou est agressif traduit ainsi un certain stress, lié à un manque de sollicitation et au désoeuvrement. «L’industrie pharmaceutique a vu là un créneau, note Colette Pillonel. Au lieu d’améliorer les conditions de vie du chat, on lui donne des médicaments. Pourtant, certains aménagements simples peuvent dans la plupart des cas rétablir la situation, sans médicaliser le chat.» 

Le chat a gardé un comportement, un instinct et des besoins en grande partie semblables à ceux des félidés sauvages. En liberté, ce petit prédateur chasse à l’affût sur un territoire de plusieurs hectares, passant des heures à observer son environnement pour trouver ses proies et les attraper. Ses repas sont fréquents, mais frugaux. En dehors de la chasse, il occupe le reste de son temps à se toiletter, à prendre des bains de soleil et à dormir. 

Enrichir son environnement 

«La vie d’un chat ne peut donc pas se résumer aux quelques centimètres carrés d’un arbre à chat, souligne la vétérinaire. Il faut reproduire chez soi les conditions de vie que le félin aurait à l’extérieur. L’art d’accueillir un chat dans son appartement, c’est l’art de transformer celui-ci en lisière de forêt stylisée, avec des cachettes, des souches, un tapis de feuilles et des proies imaginaires. Le chat aime voir sans être vu. Soyez créatif!» Une corbeille à linge peut se muer en un nid douillet et en cachette. Une planche fixée à hauteur de fenêtre, mais à l’abri des regards, servira d’affût pour guetter les mouvements à l’extérieur. Un bouchon accroché à une ficelle, qu’on bougera par saccades, permet d’imiter une souris qui se déplace. «Tout est bon pour stimuler son animal, que cela soit sur le plan visuel, mais également olfactif, sensitif et sonore, ajoute Marylène Wassenberg, comportementaliste à Aubonne (VD). Trop de chats confinés en milieu clos s’ennuient.» 

Il est capable de s’adapter 

Tous les chats ne sont cependant pas égaux face à la vie en appartement. Différents facteurs vont influencer les compétences de l’animal à vivre uniquement à l’intérieur: âge, génétique, socialisation lors des premières semaines de vie. «Un chat peut s’habituer à vivre en appartement seulement s’il n’a jamais connu la liberté, prévient Marylène Wassenberg. Un retour en arrière est incompréhensible pour lui.» Si vous souhaitez adopter un sujet qui ne pourra sortir à l’extérieur, optez donc plutôt pour un chaton né en appartement, de préférence avec un tempérament calme. En ce qui concerne ses origines, il faut choisir un animal dont on sait que ses deux parents supportaient bien un environnement clos. 

«La vie en appartement est liée aux manipulations fréquentes et répétées de la part de l’humain, ajoute Colette Pillonel. Le chat doit non seulement être adapté génétiquement pour vivre sans pouvoir sortir, mais il doit également s’habituer à être touché.» Les chats de certaines races ont été sélectionnés sur leur acceptation des manipulations par l’humain, ce qui est un véritable atout pour la vie en appartement. Le chat est avant tout un animal solitaire: adopter un deuxième félin n’est pas la panacée pour lutter contre l’ennui.

En pratique - quatre suggestions pour avoir un chat épanoui

  1. Utiliser la troisième dimension

Aménager des possibilités de grimper et de se cacher. Cela permet les comportements d’affût. Étagère, dessus des meubles, perchoirs: soyez imaginatif 

Troisième dimension

2. Parties de jeux et de chasse

Organiser plusieurs séquences de jeux par jour. L’objectif est de simuler une partie de chasse. Canne à pêche, souris, balle: renouvelez régulièrement les jouets utilisés! 

Partie de jeux et de chasse

3. Une alimentation adaptée

Permettre l’accès permanent à la nourriture, mais plus difficilement. Permettre de reproduire certaines séquences de chasse. Planche aménagée ou tube percé de trous, du commerce ou fait maison.

Alimentation

4. Aménager le balcon

Sécuriser cet espace avec des filets ou une volière. Le but est d’augmenter la surface à disposition. La présence d’un arbre à chat lui permet d’observer sans être vu.

Aménager le balcon


Bon à savoir

Quels symptômes doivent alerter? 

Le stress causé par un environnement inadapté peut provoquer résignation acquise, anxiété et dépression chez le chat. Celles-ci vont induire une série de symptômes physiques et comportementaux très divers. Si vous observez l’un d’entre eux, prenez contact avec votre vétérinaire pour éliminer d’abord des maladies liées à des organes. 

  • Agression sur l’être humain: les pieds, les jambes, les mains, le visage. 
  • Le chat se cache en permanence et ne sort que lorsque tout est calme. 
  • Recherche constante de nourriture. 
  • Régurgitations fréquentes liées à l’absorption trop rapide de nourriture. 
  • Marquage urinaire, malpropreté (selles et/ou urine). 
  • Perte de poils, en particulier sous le ventre (le chat s’arrache les poils). 
  • Inflammation de la vessie à répétition. 
  • Hypersomnie (le chat dort tout le temps). 

Véronique Curchod