À l’exemple du koala australien et du panda chinois, la marmotte jouit d’un fort capital sympathie. C’est dans le calme de nos prairies alpines que ce rongeur dodu tient ses quartiers.

UN ÉCUREUIL TERRESTRE 

Mammifère impossible à confondre avec une autre espèce, la marmotte est le plus gros de nos rongeurs terrestres. L’animal est classé dans la famille des Sciuridés, les écureuils. Une espèce avec laquelle elle partage une formule dentaire, une queue très touffue et des moeurs diurnes. Il faut attendre la mi-avril pour voir ce mammifère sortir de son long sommeil hivernal, qui dure plus de la moitié de l’année et durant lequel elle perd jusqu’à 50% de son poids. Se reproduire et se nourrir sont alors ses principales occupations dans la steppe herbeuse d’altitude qui constitue son habitat naturel. Elle y trouve le sol meuble qui lui permet de creuser un terrier et sa source de subsistance, uniquement constituée d’herbes fraîches, dont elle peut consommer plus d’un kilo et demi par jour. 

D’ÉTROITS LIENS SOCIAUX 

Lors d’une observation discrète à proximité de leur terrier, les marmottes dévoilent les forts liens sociaux qui unissent les membres de la famille. Elles se reniflent, se frottent l’une à l’autre – leurs joues sont dotées de glandes émettant des sécrétions odorantes. Elles se prêtent à des soins mutuels du pelage qu’elles paraissent grandement apprécier. Cette cohésion familiale joue aussi un rôle primordial pour la sécurité des animaux. La colonie familiale regroupe mâle et femelle et jusqu’à trois générations de jeunes. Une fois sevrés, soit environ un mois après leur naissance, on peut voir les petits mettre le nez hors du terrier pour découvrir leur domaine de jeu qu’ils partagent avec leurs congénères. Lors de ces premières sorties, ils se montrent intrigués par l’homme. Fuyant rapidement dans leur terrier pour en ressortir tout aussi vite. Juste par curiosité. 

SENTINELLE EN ALERTE 

Pendant que ses congénères se nourrissent, une marmotte reste attentive, postée en sentinelle. Les sens en alerte, elle se tient soudain dressée sur son arrière-train. C’est bien souvent du ciel qu’arrive le danger lorsque l’animal déclenche l’alarme qui prévient tous les membres de la famille. L’aigle royal est en effet le principal prédateur de l’espèce. Contrairement à ce que sa sonorité pourrait laisser croire, cet appel puissant, qui porte facilement à plusieurs kilomètres dans les paysages rocheux, est un cri strident et non un sifflement. L’autre prédateur de la marmotte, le renard, voit aussi son approche signalée, mais provoque moins d’urgence à la fuite. Les gros rongeurs observent ses déplacements, nettement moins dangereux que l’attaque foudroyante du rapace, avant de reprendre tranquillement leurs activités. 

DÉJÀ AU MAGDALÉNIEN 

Aujourd’hui, la marmotte est peu chassée en Suisse, même si elle se retrouve parfois à la carte de certains restaurants et sa graisse dans des préparations pharmaceutiques. Durant l’époque reculée du magdalénien, il y a 15 000 ans, l’animal était déjà une cible des chasseurs, mais pas uniquement pour sa viande et sa graisse, comme a pu le constater lors de ses recherches le professeur Werner Muller, responsable du laboratoire d’archéozoologie de l’Université de Neuchâtel. «Sur le site magdalénien de Monruz, sur la rive nord du lac de Neuchâtel, mais également dans trois autres endroits répartis dans l’arc jurassien et les Alpes du Nord, localisations qui correspondent à la répartition de la marmotte à l’époque tardiglaciaire, des incisives sciées et perforées ont été découvertes. Leur usure tend à démontrer que ces dents servaient de parures, de porte-bonheur ou de grigri, parfois cousues sur les vêtements des chasseurs.» 

PRÉFÉRENCE POUR LES ALPES 

En Suisse, quelques petites populations de marmottes sont disséminées le long de la chaîne du Jura, notamment sur la crête du Chasseral et à proximité du col du Marchairuz. Ces animaux ont été introduits par l’homme et leur dispersion est fortement contenue par le manque de milieux favorables. Le reste des effectifs peuple les Préalpes et les hautes vallées alpines. Bien que l’on puisse trouver le gros rongeur à partir de 1200 mètres d’altitude, c’est à quelques centaines de mètres au-dessus de la limite des arbres qu’il est le plus fréquent. Il ne monte que rarement au-dessus de 3000 mètres, l’espèce étant fortement liée à son milieu de prédilection de pelouses et prairies d’altitude lui offrant gîte et nourriture. Pas menacée, la marmotte reste facile à observer.

Marmotte
Deux emblèmes forts de nos Alpes se côtoient de près: la marmotte et le rhododendron. La silhouette assez fine et le pelage encore peu contrasté désignent ici un jeune individu. Il peut toutefois déjà jouer le rôle de sentinelle pour ses congénères en cas de danger.

Daniel Aubort