De nombreux huskies et malamutes sont abandonnés, à cause de la méconnaissance des propriétaires quant à leurs besoins. Une Vaudoise tire la sonnette d’alarme.

Plus de soixante appels par année: voilà le triste constat de Carine Mettraux, qui fait face à une demande croissante de prise en charge de chiens nordiques. Face à cette déferlante, elle lance un cri d’alarme. «Lorsque j’ai créé l’association SOS chiens polaires, il y a onze ans, la situation était complètement différente, explique la quadragénaire. Nous récupérions alors avant tout des animaux dont les mushers se séparaient, car ils n’étaient plus assez performants en compétition. À l’époque, seules des personnes pratiquant les courses de traîneaux en possédaient. Il était rare de voir ces chiens en main d’autres personnes. Aujourd’hui, ce sont avant tout ces propriétaires qui font appel à nos services.» 

Un instinct primitif

Pour éviter que le nombre d’abandons se multiplie, la Vaudoise tente de sensibiliser les futurs propriétaires aux besoins particuliers de ces chiens exigeants. Elle déplore que ces derniers ne se renseignent pas suffisamment avant d’adopter un tel compagnon. Un travail d’informations indispensable aux yeux de Carine Mettraux, qui constate que son refuge, basé à Payerne (VD), affiche complet. Une cinquantaine de pensionnaires âgés de 1 à 16 ans y sont actuellement pris en charge. «De nos jours, trop de gens adoptent des chiens polaires sur le seul critère de leur beauté physique, regrette-t-elle. C’est vrai qu’ils en imposent! Des séries comme Game of Thrones ont également fait beaucoup de dégâts en popularisant ces races.» De plus, des films tournés dans une nature sauvage font naître un sentiment de liberté et d’espace, objet de fantasme pour beaucoup de gens. En accueillant une telle race chez eux, ces derniers ont ainsi la conviction de s’approprier une part de ce rêve. En outre, les nombreuses possibilités de balades en traîneau facilitent la découverte et l’approche de ces chiens, avec le risque que les familles choisissent par la suite d’en adopter un. «Les initiateurs de ces loisirs doivent prendre leurs responsabilités, en rendant leur clientèle attentive aux caractéristiques de ces animaux», souligne Carine Mettraux.

Les éleveurs insistent sur le fait qu’il faut être un sportif si on envisage d’acquérir un chien polaire. Cette condition permet de répondre à leurs besoins en leur offrant la possibilité de dépenser leur énergie en les accompagnant à pied ou à vélo dans leur balade. Il ne faut en effet pas oublier qu’ils ont été sélectionnés depuis des siècles comme animaux de travail. Cette caractéristique ne suffit néanmoins pas pour que la cohabitation se passe bien. «Huskies, malamutes et compagnie sont des chiens de meute. Ils doivent vivre en groupe pour trouver leur équilibre, avertit Carine Mettraux. En posséder deux est le nombre minimum. S’il faudrait qu’ils aient un accès permanent à l’extérieur, ils ont cependant un tempérament marqué de chasseurs et d’explorateurs, qui les incite à fuguer. Il n’est alors pas rare qu’ils reviennent de leur escapade avec une poule entre les dents.» Même s’ils sont parfaitement éduqués au rappel, leur instinct peut reprendre le dessus à tout moment. Cette perte de maîtrise peut alors avoir des conséquences dramatiques. 

Un âge critique

La Vaudoise note que nombre de nouveaux propriétaires prennent contact avec elle alors que leur animal a 10 mois environ. «En pleine crise d’adolescence, leur tempérament se révèle. S’ils s’ennuient, en particulier lorsque leur propriétaire s’absente longtemps, ils peuvent commencer à détruire la maison. Certains se mettent à hurler. Des maîtres m’ont parfois dit qu’ils pensaient que leur animal était devenu fou, alors qu’il exprime simplement sa frustration.» 

À de nombreuses reprises, Carine Mettraux a été confrontée à des situations dramatiques, où les propriétaires, démunis ou excédés, se transformaient en bourreaux de leur chien. Ainsi a-t-elle constaté plusieurs cas de maltraitance: des chiens attachés toute la journée ou enfermés dans une caisse de transport afin d’éviter qu’ils commettent des dégâts en l’absence de leur propriétaire. C’est pourquoi afin d’éviter d’en arriver à de telles extrémités, Carine Mettraux invite toutes les personnes intéressées par ces races à se familiariser avec elles en se rendant auprès des éleveurs professionnels; ce qui leur permettra d’appréhender les exigences imposées par une telle adoption.

Carine Mettraux
Carine Mettraux déplore les trop nombreux abandons dont sont victimes les chiens polaires.

Les découvrir différemment

L’association SOS chiens polaires, dont le siège se trouve à Payerne (VD), a notamment pour vocation de faire connaître les races nordiques à un large public, en proposant diverses activités. Celles-ci sont un bon moyen de côtoyer de tels chiens en profitant des bons côtés, sans en avoir la responsabilité. Durant la saison hivernale, des balades en traîneau, du ski de fond tracté par un chien polaire et des randonnées à raquettes sont proposés. Le reste de l’année, il est possible de participer à des randonnées pédestres, de l’agility, des balades en kart et du canicross. Un système de parrainage a aussi été mis en place, afin de permettre à tout un chacun de créer un lien privilégié avec l’un des pensionnaires du refuge. L’association organise également des activités avec des personnes en situation de handicap.

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Des races bien distinctes

Les chiens nordiques comprennent plusieurs races dont l’origine s’étend de l’Alaska à la Russie septentrionale. Façonnées par le rude climat polaire, elles possèdent toutes un pelage dense qui leur a permis de survivre aux côtés des populations qui les ont utilisés depuis plus de cinq mille ans pour se déplacer. La nature inhospitalière a doté ces chiens de qualités physiques et psychiques hors du commun, notamment une endurance à toute épreuve. Chacune de ces races a néanmoins une morphologie et un tempérament bien distincts. Le husky de Sibérie est certainement le plus connu. Affectueux, il est réputé pour son côté fugueur. Le malamute d’Alaska, plus massif, a un caractère bagarreur parfois difficile à gérer. Les samoyèdes se reconnaissent à leurs longs poils blancs. Quant aux groenlandais, très primitifs, ils ne conviennent pas comme animaux de compagnie.


Véronique Curchod