Durant tout l’été, nous vous présentons des espèces animales et végétales qui vivent à l’étage alpin, soit à plus de 2000 mètres. Pleins feux sur des montagnards discrets et souvent peu connus. 

"Il y a vingt ans, voir un vautour fauve en Suisse était exceptionnel. Aujourd’hui, le grand rapace est chaque année au rendez-vous." 

 1. De retour en Suisse

Chaque année, c’est le branle-bas de combat chez les ornithologues avertis: le vautour fauve est de retour! Dès le mois de mai, ce grand rapace fait son apparition dans les Alpes et les Préalpes suisses avant de repartir vers le sud en août. «Il s’agit principalement de jeunes individus, nés dans les Alpes françaises, les Pyrénées ou en Espagne, qui ne se reproduisent pas encore, explique Bertrand Posse, rédacteur de la revue Nos Oiseaux et collaborateur de l’antenne valaisanne de la Station ornithologique suisse. Le vautour fauve ne niche pas avant l’âge de 4 ou 5 ans. Jusque-là, il a un comportement plutôt vagabond.» Si ces visites estivales sont si remarquées, c’est parce qu’elles sont récentes: le rapace n’est aperçu en Suisse de manière régulière que depuis le début des années 2000. 

2. Deuxième souffle pour un mal-aimé

C’est un classique pour les membres de la famille des vautours en Europe: mal vus, chassés et empoisonnés, tous ont vu leurs effectifs fondre au XIXe et au début du XXe siècle. Si le vautour fauve n’a jamais totalement disparu, sa situation précaire lui a valu un plan de réintroduction dans le sud-est de la France dès les années 1980. Selon Bertrand Posse, l’apparition de ce rapace en Suisse est une conséquence directe de la bonne santé des populations françaises: «Ce phénomène est encore récent, mais le fait que de nombreux jeunes vadrouillent en Europe prouve que les colonies sont prospères.» De là à imaginer ce vautour nicher dans nos Alpes, il y a un pas: «Il commence à se reproduire en janvier, lorsque nos montagnes sont encore enneigées et peu venteuses. Il n’est pas sûr du tout qu’il le fasse de lui-même, sans mesures visant à favoriser son installation.» 

3. Physique reconnaissable 

Le vautour fauve est l’un des plus grands rapaces d’Europe. Avec son corps imposant et son envergure qui peut aller jusqu’à 2 m 70, on le repère aisément lorsqu’il survole un alpage ou un pierrier à la recherche de nourriture. «En vol, la silhouette est presque rectangulaire, détaille Bertrand Posse. Les ailes sont très larges, la queue, en losange, est courte et la tête quasi invisible. Il donne une impression extrêmement massive.» Quant à son cri, que l’on entend en particulier au moment de la curée, il est étonnamment aigu pour un oiseau de cette taille. 

4. Charognard-né

Entre les bêtes qui paissent sur les alpages et les avalanches qui libèrent des cadavres d’animaux sauvages, les Alpes suisses sont synonymes de restaurant self-service pour ce charognard. «Son comportement est assez semblable à celui de son cousin le gypaète barbu, note Bertrand Posse. Il patrouille à la recherche de carcasses. Or chaque membre de la famille des vautours a sa spécialité: tandis que le gypaète mange la moelle contenue dans les os, le vautour fauve se nourrit de chair fraîche.» Ce régime alimentaire explique d’ailleurs l’apparence particulière du vautour: si sa tête et son cou sont dépourvus de plumes, c’est pour lui permettre de glisser son bec dans les orifices naturels d’une charogne afin d’en arracher des morceaux de viande... Âmes sensibles s’abstenir! 

5. Planeur au long cours 

Pour parvenir à faire planer 7 à 11 kilos d’os, de muscles et de plumes – le double d’un aigle royal! –, il faut être un véritable as du vol. En s’aidant des ascendances thermiques, le vautour fauve parvient à parcourir des centaines de kilomètres sans donner un seul coup d’aile. Cette caractéristique explique d’ailleurs sa présence en Suisse: durant l’été, les Alpes et leurs vents présentent un terrain de jeu tout désigné pour ce planeur. 

6. Voyage en groupe 

Contrairement à un gypaète barbu, qui est le plus souvent observé seul, le vautour fauve se déplace en groupe. Pour optimiser les chances de découvrir une proie, les rapaces se partagent l’espace aérien et s’avertissent en modifiant leur vol lorsqu’ils repèrent une carcasse. Ils se jettent alors tous ensemble sur le cadavre, dont ils se disputent à grands cris les meilleurs morceaux, donnant lieu à des scènes de curée rapides mais bruyantes. Durant leurs déplacements, les vautours profitent ensemble des thermiques, ce qui crée parfois des rassemblements de plusieurs dizaines d’individus. En 2005, un groupe de 50 individus au-dessus du Jura vaudois avait marqué les esprits. 

7. Prenez de l'altitude! 

Où observer le vautour fauve? Dans son milieu préféré, pardi: les Alpes et Préalpes vaudoises, fribourgeoises et valaisannes. Le col du Jaun (FR/ BE), le lac Noir (FR), le Pic- Chaussy, le massif des Diablerets, la région de Rougemont ou le col de Chaude (VD) sont quelques-uns des «spots» les plus prisés des ornithologues. Avec un peu de chance, vous y serez survolé par l’un de ces grands rapaces, ou vous pourrez même voir un groupe de vautours tournoyer lentement dans un thermique.


Carte d’identité 

Vautour
  • Nom latin: Gyps fulvus. 
  • Taille:  2 m 30 à 2 m 70 d’envergure. 
  • Poids: 7 à 11 kilos. 
  • Présence en Suisse: De mai à août. 
  • Comportement: Vole en groupe lors des déplacements, «patrouille» les zones alpines à la recherche de nourriture. 
  • Effectifs: Ils varient d’une année à l’autre, de 50 à 300 individus. 

+ D’INFOS www.vogelwarte.ch/fr 


Clément Grandjean